Foly Dirane s’est éteint

Le destin d’un pionnier de la télévision camerounaise entre gloire, silence et reconnaissance

PEOPLE

Patrick

3/26/20263 min read

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Ce 26 mars 2026, le Cameroun perd l’une de ses figures médiatiques les plus emblématiques.
Foly Dirane, de son vrai nom Tafen Adrien Veyreton, s’est éteint à l’âge de 68 ans.

Animateur, humoriste, chanteur, mais surtout pionnier d’un certain style télévisuel, il aura marqué plusieurs générations par son énergie, sa voix et sa capacité à faire de la télévision un espace d’expression populaire.

Aux origines d’une voix devenue incontournable

Né en 1958 à Bafoussam, Foly Dirane se fait d’abord remarquer par une qualité rare : sa voix.

Une voix puissante, reconnaissable entre mille, portée par un talent oratoire naturel. C’est dans l’animation, notamment lors d’événements de rue, qu’il attire l’attention du journaliste Éric Chinjé.

Repéré pour son aisance et son charisme, il est recruté à la CRTV. Très vite, il s’impose comme une personnalité forte du petit écran camerounais.

« Délire », une émission devenue culte

En 1991, il lance l’émission « Délire », qui deviendra l’un des programmes les plus marquants de l’histoire audiovisuelle du Cameroun.

Pendant plus de deux décennies, « Délire » s’impose comme bien plus qu’un simple divertissement. C’est une plateforme d’expression pour la jeunesse, mêlant musique, théâtre, humour et messages de sensibilisation.

Foly Dirane y développe un style unique, combinant :

  • humour populaire

  • éducation sociale

  • valorisation de la culture locale

L’émission devient un véritable vivier de talents, révélant des artistes comme Jacky Biho, Moustik le Karismatik ou encore Guy Manu.

À travers « Délire », Foly Dirane ne se contente pas d’animer.
Il forme, il transmet, il structure une génération.

Une carrière marquée par les tensions et les controverses

En 2016, un tournant brutal survient.

À la suite d’un désaccord interne lié au sponsoring de l’émission, Foly Dirane est écarté de « Délire ». Cette décision provoque une forte réaction du public, qui y voit l’éviction injuste d’un pionnier ayant largement contribué au succès du programme.

Ce départ marque le début d’un retrait progressif de la scène médiatique.

L’homme qui occupait les écrans disparaît peu à peu du paysage audiovisuel, laissant derrière lui une sensation d’inachevé et d’incompréhension.

Le poids de la maladie et le silence

Derrière ce retrait, une réalité plus douloureuse s’installe.

Foly Dirane fait face à des problèmes de santé, notamment un diagnostic de la maladie d’Alzheimer, qui affecte progressivement ses capacités.

Son absence prend alors une autre dimension.
Elle n’est plus seulement médiatique, elle devient humaine.

Le silence qui entoure ses dernières années contraste avec le bruit et l’énergie qui ont marqué toute sa carrière.

Une reconnaissance nationale tardive mais forte

En 2026, alors que son état de santé devient préoccupant, une décision symbolique est prise.

Le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, ordonne sa prise en charge médicale gratuite à l’Hôpital général de Yaoundé.

Ce geste est largement salué.

Il vient rappeler, au-delà des polémiques et des années de silence, l’importance de Foly Dirane dans la mémoire collective camerounaise.

Une reconnaissance tardive, mais essentielle.

Un héritage qui dépasse la télévision

Foly Dirane n’était pas seulement un animateur.

Il était un bâtisseur.

Un homme qui a contribué à structurer un espace médiatique où la jeunesse pouvait s’exprimer, créer, se reconnaître.

Son influence dépasse les plateaux de télévision :

  • dans les carrières qu’il a lancées

  • dans les formats qu’il a inspirés

  • dans la manière de concevoir le divertissement africain

Une disparition, mais une trace indélébile

Avec sa disparition, c’est une page importante de la culture camerounaise qui se tourne.

Mais certaines figures ne disparaissent pas réellement.
Elles s’inscrivent dans l’histoire.

Foly Dirane fait partie de celles-là.

Son nom restera associé à une époque, à une énergie, à une manière unique de faire de la télévision un outil de transmission.

Se souvenir, c’est continuer

Aujourd’hui, les hommages se multiplient.
Les souvenirs refont surface.

Et chacun, à sa manière, se rappelle un moment, une émission, une phrase.

Se souvenir de Foly Dirane, c’est prolonger ce qu’il a construit.

C’est refuser que le silence efface ce qu’il a apporté.